Né en 1951 au Viet-Nâm, Tsui Hark part faire des études de cinéma aux Etats-Unis, et retourne à Hong-Kong avec une bonne maîtrise de l'anglais et des différentes techniques cinématographiques. On lui propose d'abord de réaliser des séries télé en costumes pour se faire la main, puis en 1979, il tourne son premier long-métrage, Butterfly Murders. Révolutionnaire à l'époque, ce wu xia pian horrifique sous influence hitchcockienne est le film-phare de ce qu'on a appelé la "Nouvelle Vague" de Hong-Kong. La critique est époustouflée, mais pas le public, qui boude le film. Déçu, Tsui Hark ne baisse pas pour autant les bras et réalise un an plus tard l'étonnant Histoires de Cannibales, mélange jubilatoire de kung-fu, de gore et de comédie cantonaise. Là aussi, le public fustige le film, et même la critique, qui voit Tsui Hark comme un réalisateur dangereux et fou furieux. Peu importe : il se radicalise encore plus avec L'Enfer des Armes, brûlot social ultra-violent qui fait scandale chez les censeurs, qui lui demandent de retourner des scènes pour sortir un montage plus axé action. Ce film-culte est aussi à l'origine de la classification "catégorie III". C'est encore un échec sans appel...
Tsui Hark se voit donc obligé d'accepter de tourner un film de commande, All the Wrong Clues for the Right Solution, avant de tenter à nouveau de révolutionner le cinéma de Hong-Kong, avec l'un des films les plus chers de l'histoire : Zu, les Guerriers de la Montagne Magique, en 1983. Premier film HK à bénéficier d'effets spéciaux optiques, ce bijou permet à Tsui Hark de se faire connaître en Occident. Le film n'a malgré cela pas le succès escompté.
En 1984, Tsui Hark a une idée de génie : créer un atelier de production, avec sa femme Nansun Shi, où tous les réalisateurs pourront faire les films dont ils ont envie. Il monte donc la Film Workshop, qui va, comme le souhaitait Tsui Hark, révolutionner le cinéma hongkongais et permettre à l'industrie de connaître son apogée. Le premier film de la Film Workshop est réalisé en 1984 par Tsui Hark lui-même, et c'est un chef-d'oeuvre : Shanghai Blues, hommage coloré et délirant aux comédies musicales. Deux ans plus tard, c'est au tour de Peking Opera Blues, encore plus réussi, notamment grâce à la musique de James Wong et au montage de David Wu. Puis en 1986, il produit Le Syndicat du Crime de John Woo, qui devient instantanément le film préféré de public hongkongais, et sa suite un an plus tard, malgré le désaccord de John Woo.
Car même si Tsui Hark est un génie, il avait tout de même tendance à vouloir contrôler toutes ses productions, et soumettre les metteurs en scène à ses choix. C'est le cas de The Big Heat, qui est passé entre les mains de quatre réalisateurs, dont Tsui Hark. C'est aussi le cas de Diary of a Big Man, dont le résultat final tourné par le grand réalisateur Chu Yuan a fortement déplu à Tsui Hark, qui a donc décidé de retourner lui-même la quasi-intégralité du film. En bref, d'après les réalisateurs qui ont travaillé à ses côtés, il pense plus vite qu'il réalise, et les disputes allaient bon train. Et pourtant, tous ces films ont un pouvoir de fascination énorme. Et comment ne pas parler de The Killer en 1989, chef-d'oeuvre de John Woo, qui a marqué la séparation définitive entre les deux cinéastes.
N'oublions pas aussi l'objectif principal de Tsui Hark, qui était de relancer des genres quasiment disparus ou qui ne se renouvellaient pas : il réinvente le film de kung-fu en 1991 avec Il était une fois en Chine, le mélodrame en 1994 avec The Lovers, le wu xia pian en 1995 avec The Blade... Et j'en passe. Sa meilleure période était celle de la première moitié des années 90, où on y retrouve aussi le fabuleux Green Snake, qui montrent Maggie Cheung et Joey Wong au sommet de leur sensualité, et Le Festin Chinois, comédie culinaire sidérante avec un Leslie Cheung hilarant.
Voyant que d'autres réalisateurs se sont exportés aux USA, Tsui Hark tente le coup et se voit confier en 1996 la mise en scène de Double Team avec Jean-Claude Van Damme. L'expérience est douloureuse, le tournage chaotique (en particulier à cause d'un Van Damme qui montrait à Tsui Hark comment tourner), et ça fait un bide. Le film est plus une démonstration de savoir-faire hongkongais qu'autre chose. De même pour Piège à Hong-Kong deux ans plus tard, où là, Tsui Hark s'éclate comme un petit fou avec sa caméra, tout en filmant un Van Damme complétement ramolli (les ravages de la drogue...) et en nous livrant des plans aussi drôles qu'inutiles, comme le coup du pied qui rentre dans une chaussure en vue subjective. Ces deux films sont tout de même de beaux nanars, à voir entre amis pour bien rire.
Tsui Hark retourne ensuite à Hong-Kong et livre Time and Tide en 2000, qui réinvente le cinéma d'action grâce à des plans jamais vus auparavant et un style inimitable. Un an plus tard, il revient aux sources avec le magique La Légende de Zu, avant de tourner l'excellent nanar qu'est Black Mask 2. Il continue en parallèle ses activités de producteur avec Master Q 2001, qui refait vivre en 3D un personnage culte du cinéma HK, et Vampire Hunters, qui tente de réinventer la "ghost kung fu comedy" initiée par Sammo Hung.
Son dernier film en date est le très bon Seven Swords, sorti en 2005. Cependant, il y a à peine deux jours, Tsui Hark nous a fait une petite surprise au festival du film asiatique de Deauville : il vient de filmer, dans le plus grand secret et en trois semaines, le film High Octane, tourné en caméra Viper (comme dans Miami Vice), et avec Donnie Yen (cool !) et Chuck Norris (moins cool...). C'est avec une impatience démesurée que j'attends ça !
En bref, tout ça pour dire que Tsui Hark est le maître du cinéma de Hong-Kong, le cinéaste le plus important de ces vingt dernières années (devant Johnnie To et John Woo), qui n'a très certainement pas fini de nous surprendre. Encore bravo et merci !